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Bulletin hebdomadaireSahel

Évolutions Sahel — 18 octobre 2026

Les affiliés d’Al-Qaïda et de l’État islamique se sont combattus dans la province burkinabè de l’Oudalan le 9 octobre. Islamic State Sahel revendique un bilan qu’aucune source indépendante ne confirme, et le JNIM n’a rien dit. Autour de ces combats, la guerre contre les États n’a pas bougé. Aucune attaque contre une position ou un convoi de ravitaillement n’a été relevée, Kidal a été tenue mais est presque vide, et le carburant de Bamako est toujours arrivé sous escorte de l’armée. Le 17 octobre à Dakar, les trois États ont négocié pour la première fois avec la CEDEAO en une seule délégation. Les deux parties ont créé des groupes de travail conjoints en vue d’un accord-cadre et n’ont rien signé. Une frappe sur le village de Zanakoro, dans le centre du Mali, a tué au moins huit civils, selon RFI et l’AFP. Le Burkina Faso n’a de nouveau été visible que de manière ténue, ce qui est une limite de visibilité, non un calme.

Publié le 2026-10-18Période couverte 2026-10-11 → 2026-10-173 évolutions

Les évolutions

Militaire

Le JNIM et Islamic State Sahel se sont combattus dans l’Oudalan, et le bilan revendiqué par l’État islamique ne peut être vérifié

Les combats entre les deux mouvements se poursuivent depuis août 2026 le long de la frontière entre le Mali et le Burkina Faso, près du Niger. Le dernier affrontement signalé a eu lieu le vendredi 9 octobre autour de Gonadaouri, dans la province burkinabè de l’Oudalan. Dans son hebdomadaire Al Naba, Islamic State Sahel a revendiqué avoir tué plus de 400 combattants du JNIM, dont plusieurs chefs. Les sources spécialisées de RFI décrivent de lourdes pertes des deux côtés, dont des commandants de l’État islamique tués par le JNIM, et RFI indique qu’aucun bilan indépendant fiable ne peut encore être établi. Un chercheur ouest-africain a déclaré à RFI que les bilans de l’État islamique sont toujours faux. Le JNIM n’a fait aucune déclaration officielle. L’AFP, citant le compte de veille Wamaps, a daté les derniers combats du 9 octobre.

Pourquoi c’est important. La fiche de relation tient cette guerre pour active depuis 2019. L’élément nouveau est l’ampleur que suggèrent les versions des deux camps, et le fait qu’elle se poursuit depuis août. Chaque mouvement combat à la fois les États et l’autre mouvement, ce qui limite ce que l’un ou l’autre peut tenir. La fiche note aussi que les États n’ont pas pu exploiter la scission. Les combats n’établissent rien sur le contrôle territorial. Une perte revendiquée n’est pas un changement de ce que tient le JNIM, et Vigil ne retient pas le chiffre de l’État islamique. Ils ne montrent pas non plus que la guerre s’étend au Niger : aucun affrontement daté d’octobre n’y a été relevé. Ce qui montrerait l’effet serait la riposte du JNIM, un changement quant au mouvement qui opère autour de Tessit et de Ménaka, ou des représailles contre des civils dans la zone des trois frontières.

Confiance : modérée Élevée pour le fait que des combats ont eu lieu le 9 octobre ou aux alentours dans l’Oudalan, sur la base des informations de RFI et de l’AFP. Faible pour tout chiffre de pertes : le chiffre de 400+ est celui de l’auteur de la revendication, et les « plusieurs centaines de morts » sont une estimation des sources de RFI. Faible pour tout volet malien près de Tessit, que nomme un seul média secondaire. Les canaux du JNIM n’ont pas été lus.
Diplomatique

Les trois États ont négocié avec la CEDEAO comme un seul bloc à Dakar, sont convenus de groupes de travail en vue d’un accord-cadre, et n’ont rien signé

Les premières négociations formelles entre la CEDEAO et la confédération de l’AES se sont ouvertes à Dakar le samedi 17 octobre 2026. Le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Niang, président du Conseil des ministres de la CEDEAO, conduisait la partie CEDEAO. Le ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, Karamoko Jean Marie Traoré, président du comité ministériel d’orientation de l’AES, conduisait la partie AES et a lu le communiqué conjoint le soir même. Les deux parties sont convenues de créer des groupes de travail thématiques conjoints chargés de préparer un accord-cadre de coopération. Les résultats des groupes seront soumis aux ministres avant leur prochaine session, dont la date et le lieu seront fixés ultérieurement. Avant les discussions, RFI citait parmi les sujets la coopération sécuritaire, la lutte contre le terrorisme et la libre circulation des personnes et des biens. Traoré a déclaré que l’objectif était de formaliser de nouvelles relations, et un retour dans la CEDEAO n’est pas à l’ordre du jour. Les ministres de l’AES avaient arrêté une position commune à Ouagadougou le 16 octobre.

Pourquoi c’est important. C’est la confédération qui fait ce qu’un membre seul ne pouvait pas faire : les trois États ont négocié comme une seule partie avec le bloc qu’ils ont quitté. La CEDEAO insiste elle aussi pour ne négocier qu’avec le bloc. C’est un processus, non un résultat. Rien dans le communiqué ne touche à la zone de libre-échange ni à la libre circulation, que la CEDEAO a maintenues « jusqu’à nouvel ordre ». Les corridors qui approvisionnent les trois États fonctionnent toujours sous ce régime. Aucun acte contraignant n’a été adopté, et l’accord-cadre n’existe pas encore, même sous forme de projet publié. Le test est de savoir si les groupes de travail produisent un texte sur le transit et la libre circulation. Cela fixerait la condition « jusqu’à nouvel ordre » dans un traité ou montrerait qu’elle peut être retirée.

Confiance : élevée Élevée pour la session, les délégations, le communiqué et les groupes de travail, sur la base de l’agence publique sénégalaise et de RFI. Le communiqué lui-même a été lu par l’intermédiaire de l’APS, et non dans son propre texte. Les travaux éventuels du 18 octobre n’avaient pas été rapportés à la date de clôture de ce bulletin et relèvent de la revue de la semaine prochaine.
Humanitaire

Une frappe aérienne de l’armée sur un village du centre du Mali a tué au moins huit civils, selon les versions de RFI et de l’AFP

En fin de matinée le lundi 12 octobre 2026, deux aéronefs ont largué des bombes sur Zanakoro, un village peul de la région de Ségou, au moment où les villageois quittaient un baptême. Les recoupements de RFI auprès d’habitants, de villages voisins et de représentants communautaires établissent le bilan à au moins huit morts, pour la plupart des femmes et des enfants ; certaines sources ont ensuite fait état de dix. Une dizaine de personnes ont été grièvement blessées. L’AFP, citant des habitants, un responsable local et des sources sécuritaires, a situé le village dans la zone de Niono et a donné le même bilan minimal. L’armée ne s’est pas exprimée publiquement. Une source sécuritaire malienne a seulement déclaré à RFI que des vies avaient été perdues.

Pourquoi c’est important. La campagne aérienne de l’armée dans le centre, où le JNIM est le plus fort, porte désormais un coût civil documenté à proximité du corridor dont dépend l’État. Niono est l’endroit où une colonne de l’Africa Corps est tombée dans une embuscade le 28 septembre. Une source sécuritaire de l’AFP relie la frappe à cette embuscade, et Vigil ne retient pas ce lien. Le module consigne l’incident mais ne le compte pas : ce n’est pas une attaque contre une position ou un convoi, et aucune série sur les dommages aux civils n’est tenue. Il n’établit rien sur le ciblage de la campagne dans son ensemble. Une version officielle, une enquête ou de nouvelles frappes dans la zone montreraient s’il s’agit d’un incident isolé.

Confiance : modérée Élevée pour le fait qu’une frappe a tué des civils le 12 octobre, sur la base de deux comptes rendus professionnels de sources distinctes. Modérée pour le bilan, qui est un minimum provenant de sources locales ; Vigil ne retient aucun chiffre au-delà de « au moins huit ». Faible pour tout lien avec l’embuscade du 28 septembre.

Où cela s’inscrit

Ceci est la revue datée d’un conflit pour la semaine. L’édition transversale de la même semaine reprend les constats les plus importants de chaque conflit que suit Vigil. La situation permanente que cette revue met à jour est la couverture du Sahel. La façon dont Vigil attribue ses degrés de confiance, date ses affirmations et en cite les sources est exposée dans la méthodologie, et toute erreur constatée ultérieurement est consignée dans le journal des corrections.

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